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Élodie Mopty : La cabane et le bonheur

"La cabane. Cette petite chaumière d'une douzaine de mètres carrés, enrobée de terre-paille, avec ses cheveux de genêts. Six mois de construction dilettante, avec Gus. Cinq fenêtres, toutes de tailles différentes, comme autant de grands yeux ouverts sur les buis et les cyprès. Un abri à trolls, un refuge de lutins."1

Posant son sac de voyageuse, de curieuse de vie, de découvreuse d'âmes, Élodie Mopty va y passer plus de trois ans à la rencontre d'un autre bonheur : celui de la simplicité. Grands classiques de la quête intérieure : l'isolement et le dépouillement. Élodie ne pratique pas pour rien la méditation bouddhiste.

Mais qu'on ne la croie pas pour autant désincarnée ! Après "La part du rêve" (chapitre 7), c'est de "Bonheur des sens" (chapitre 9) qu'elle nous entretient, de "Sensualité du travail manuel" (chapitre 14), d'un corps qui "réclame sa part de vie" (chapitre 10). De retrouvailles avec tout ce dont l'avoir nous dépouille. De la "couverture en poils de yak" à la "courge spaghetti" en passant par "l'outil le plus perfectionné", elle se fait porte-parole du pratique qui l'entoure, de la (parfois dure) confrontation matérielle avec le rêve de cabane. Toute présence y est pensée, choisie, tout y vit, tout y vibre.

C'est de là que sourd le bonheur.

Comme un écho à la frondeuse philosophie développée dans L'art difficile de ne presque rien faire2, on retrouve ici l'émerveillement de Sylvie Barbe dans sa yourte- une référence pour Élodie - et celui de tou.te.s celles et ceux qui connaissent l'expérience de la non-appropriation de leur environnement comme de leur entourage animal ou humain. Entre autres, les nomades par culture ou volonté, les ermites de toutes sortes, et aujourd'hui, entre autres, les zadistes. Une autre approche de la vie et des relations, dépouillée de l'esclavage consumériste, de l'activisme obsessionnel, de l'emprise du temps, de la peur d'être dépouillé.

Utopique ? Oui bien sûr, mais pas dans le sens étymologique du terme !4 D'ailleurs, la société d'où les rêveurs et rêveuses tentent de s'extraire leur fait bien savoir qu'elle se moque d'elleux (pour employer un néologisme mixte devenu courant chez certains alternatifs) et les désapprouve. Élodie, comme ses comparses, loin de charmer les autochtones par son mode de vie silencieux, pacifiste et non polluant, s'attirera leurs foudres. Auxquelles elle fera face avec la sérénité et l'ouverture que lui suggère son idéal.

C'est bien à cette inversion des valeurs que nous invite le livre. Un regard que beaucoup partagent aujourd'hui mais finalement pas encore si répandu : du/de la marginal.e dans sa sobriété ou du/de la travailleur/travailleuse intégré.e dans la roue de la consommation, qui a le plus les pieds sur terre ? Lequel, laquelle, est le plus confronté.e à la réalité du monde ? Qui s'efforce vraiment de sauvegarder l'environnement de toutes et tous ? de respecter la paix du voisinage ? de ne harceler personne avec du son, de l'image ou des leçons ? ... développant en cela, malgré une apparence de rupture et d'isolement, un état d'esprit et de fait plus propice à une bonne intelligence sociale.

Sans étonnement mais avec bonheur, j'ai retrouvé dans ce livre, en tête d'un chapitre sur cette relation entre social et marginal, une phrase de Michel Audiard qui me suit depuis plusieurs décennies et dont je n'ai cessé de sonder la véracité : "Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière."

Marie Volta - Février 2018

1. Élodie Mopty : Chroniques de la cabane, chez Jacques Flament Éditions, 2017 (p.25). Suivre le lien du titre pour se le procurer.

2. Denis Grozdanovitch : L'art difficile de ne presque rien faire, Gallimard, 2009.

3. Sylvie Barbe : Vivre en yourte, un choix de liberté, éditions Yves Michel, 2013.

4.  Terme inventé par Thomas Moore, à partir du grec ancien τόπος, tópos (lieu), et du préfixe privatif οὐ-, ou-. Signifiant : En aucun lieu.

Article 16 © La Petite Marguerite

Élodie Mopty

Élodie Mopty

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