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Cette forêt qui l'arbre cache

Le documentaire est peut-être un peu statique, mais comment ne pas l'être, sans jeu de mots, avec des héros qui évoluent à une vitesse moyenne de quatre cents mètres par an ? Le livre, comme souvent, apporte davantage de précisions. Mais moins de pénétration visuelle, forcément. Les deux nous ouvrent un monde lumineux, intelligent, partageur.

Où l'on apprend que sans la forêt, l'arbre n'est rien. Sinon un orphelin exposé à tous les dangers. La malnutrition, la soif, les parasites, les intempéries.

Où l'on apprend que sans ses parents, ses frères, ses amis, il dépérit. Car de leurs racines les arbres ne puisent pas dans le sol de quoi égoïstement alimenter leur petite personne. Ils partagent avec les autres les sucres et nutriments que la photosynthèse leur permet de produire.

Ils nourrissent les petits. Ils nourrissent les voisins. Ils nourrissent les anciens.

De vieilles souches qui devraient être humus depuis des centaines d'années mais que l'on soutient car leur mémoire est précieuse. Elles transmettent leur expérience : en cas de déluge, de sècheresse, d'attaque massive de tel ou tel parasite, etc., que faire ?

Des amis d'une autre espèce dont la présence et l'activité, loin d'inquiéter, tempèrent la rudesse de certaines conditions.

En voilà qui savent tirer les leçons de l'histoire.

Où l'on apprend que le mycélium, que l'on comprenait comme étant la "racine" reliant les champignons entre eux, est en fait une vaste maille composant un réseau de connexions. Il prend le relais des racines de l'arbre et draine les nouvelles du jour, l'eau, le sucre et autres marqueurs de survie.

Le Wilde Wood Web de la forêt.

Où l'on apprend que, même si ce réseau lui est essentiel, l'arbre, de son envahissement doit savoir se défendre. Un moment de faiblesse et les champignons entrent dans la place, le dévorent de l'intérieur.

Où l'on apprend que chaque arbre d'une même espèce développe des gènes différents et qu'ainsi, tous ne présentent pas les mêmes forces ni les mêmes fragilités. Un coup de trafalgar et la casse est limitée. Ceux qui ont résisté peuvent aider les copains à se restaurer, se redresser, reprendre haleine. Au pire, ils seront là pour perpétuer la forêt.

En tous cas, suffisamment astucieux pour s'appuyer sur la richesse de la diversité, ne pas mettre leurs œufs dans le même panier. Pour "faire corps", se constituer partie prenante de l'intérêt général.

Où l'on apprend que de chaque blessure les arbres ont à se défendre. Leur écorce, comme notre peau, les protège des infestations diverses.

Où l'on apprend que ces blessures apparemment refermées, le mal parfois continue de les ronger de l'intérieur.

Où l'on apprend que leur agonie peut prendre des décennies. Que nous ne ferons pas le lien entre ce cœur que nous avons gravé un peu trop profondément à nos quinze ans, et cette chute favorisée par la bourrasque à nos soixante-dix.

Pourtant, entre-temps, le parasite a fait son œuvre.

Où l'on apprend que les arbres des villes sont des enfants des rues, de pauvres démunis sans famille ni amis, qui n'ont rien à se mettre sous la dent.

Que s'ils vandalisent de leurs racines les souterraines canalisations, c'est que la terre autour y est plus meuble, moins tassée, et qu'ils peuvent mieux s'y développer.

Que s'ils meurent d'une apparente maladie c'est que leur système de défense a été mis à mal. Que si on les coupe pour les remplacer par d'autres, le calvaire continue pour les nouveaux.

Que les planter pour trente ou quarante ans, c'est les assassiner au berceau.

Que ces vénérables, à deux cents ans sont tout juste des ados et que ce n'est parfois qu'à cinq cents ans qu'ils vont atteindre le toit de la forêt.

Que ce sont des architectes du temps comme nous prétendons être ceux de l'espace.

Où l'on apprend que les arbres communiquent par  des sons - oserions-nous dire qu'ils chantent et parlent ? Au risque de se voir accusé de projection.

J'en passe.

Où l'on vérifie nombre des intuitions qui nous paraissaient les plus folles - enfin, les moins rationnelles. Où l'on sonde le gâchis.

L'immensité des massacres commis par une partie de l'espèce humaine, au nom de la raison ou de l'économie. La sagesse, les richesses vitales à côté desquelles on passe.

La vie secrète des arbres, écrit par Peter Wohlleben / L'intelligence des arbres, réalisé par Julia Dordel et Guido Tölke. Un livre et un film qui valent qu'on s'y intéresse.

 

Marie Volta, Octobre 2017

 

La vie secrète des arbres, Peter Wohlleben

L'intelligence des arbres, Julia Dordel et Guido Tölke / Bande annonce

Photos Instants d'arbres © Marie Volta

Tilleul à Vérone, automne 2009

Lisbonne, veille de tempête, Portugal, 2010

Platanes, Saint-Jacques de Compostelle, Espagne, 2010

Pins colonnaires, Kandy, Sri Lanka, 2010

Arbousiers, Venezuela, 2008

Amelanchier à Vellerot, Saint-Pierre-en-Vaux, 2010

Copalme d'Amérique, Bayeux, France, 2010

Article 13 © La Petite Marguerite

 

La vie secrète des arbres, Peter Wohlleben

La vie secrète des arbres, Peter Wohlleben

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